#Rant / Je n’ai rien d’autre à prouver…

Depuis quelques mois j’ai retrouvé un travail dans un établissement public, au service communication, en tant que webmestre et chargé des animations. Je m’y suis tout de suite sentie à ma place, dans mon élément.

Et dans quelques semaines, je serais officiellement embauchée… et ce recrutement est en grande partie facilité par ma RQTH (Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé).

Danse de la joie. Bientôt on fera péter le champagne 😉

A côté de ça, il y a quelques jours, j’ai appris qu’une personne avait dit à une autre : “Dommage que tu ne sois pas handicapé, parce qu’ils t’auraient embauché toi aussi !” …

Je ne l’ai pas entendu directement. D’un côté je m’en réjoui parce que ça m’aurait fait tellement de mal. Mais d’un autre, je le regrette parce que j’aurais pu lui dire tellement de choses …

Je lui aurait dit que je n’ai pas volé ma place, que je n’ai pas cette reconnaissance pour rien et que si elle l’a veut, je lui donne volontiers. Mais avec, je lui donne tout le package.

Je lui donne la vingtaine de médicaments à prendre chaque jour. Le diabète, les 4 piqûres dans le ventre et les 6 piqûres aux doigts. Les bleus qui apparaissent au fur et à mesure, qui disparaissent et qui laissent la place à d’autres traces. Les crises d’hypo, les tremblements, les jambes qui flanchent quand j’ai mangé trop sucré. Quand j’ai mangé trop… tout court.

Je lui donne les douleurs à l’estomac qui sont là, tous les jours. Je ne le dis pas, je ne le montre pas parce que la plupart du temps je ne les sens quasiment plus mais elles sont là, par vague. Comme des petits coups de poing. Comme des rappels à l’ordre. “Tu n’aurais pas du manger ça, c’était trop gras pour toi !”

Je lui donne les séances de kiné respiratoire bi-hebdomadaire, le souffle qui manque parfois, la toux et les poumons qui sifflent après trop d’effort.

Je lui donne mes rendez-vous médicaux, mes bilans trimestriels à l’hôpital, les scanners, les tests du souffle, les prises de sang et l’attente parfois interminable pour voir mes docteurs.

Je lui donne mes infections pulmonaires et les antibiotiques qui viennent occasionnellement se rajouter à la liste de mes drogues quotidiennes.

Je lui donne tout ça. Qu’elle le prenne et on verra comment elle s’en sort. Mais je ne lui donne pas mon caractère, mon passé, mes plus grandes réussites. Ni mes chaussures, hein, faut pas déconner 😀

Alors, oui j’ai cette reconnaissance. Prend la. Prend la avec tout le reste sinon c’est pas du jeu. Quand à mon boulot, j’ai prouvé que j’avais les capacités professionnelles… je n’ai rien d’autre à prouver.

C’est vrai que je suis partagée entre le soulagement de ne pas avoir entendu cette phrase et l’envie que j’aurais eu de lui dire tout ça. Je pense que je n’aurais pas réussi à le formuler de cette façon, qu’il y aurait eu beaucoup plus d’hésitation et de larmes dans ma voix mais je n’aurais pas pu me taire, ça c’est sûr !

“Toi qui passe ta vie à envier les autres… sache que moi, je ne t’envie pas !”

A bon entendeur…

#Coupdegueule #Boulot #communication #Reconnaissanceenqualitédetravailleurhandicapé #recrutement #RQTH #travail #embauche #travailleurhandicapé

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